Comment évaluer un avocat?

L’avocat, tout comme le médecin et les autres professions très spécialisées, est très difficilement évaluable par ses clients. Ses domaines de compétences sont tellement pointus qu’il est pratiquement impossible de vérifier son niveau d’expertise.

Pas étonnant dès lors que la notation et le partage d’expériences aient fait leur entrée en force avec les premières plateformes numériques qui se sont ruées sur cette opportunité et proposent aujourd’hui différentes formules de classement ou de notation de profils d’avocats.

Sauf quelques commentaires de doctrine et de rares arrêts de jurisprudence, ces nouveaux acteurs sont à ce jour très peu cadrés ce qui mène à des modèles de notation fort différents, adoptant des angles de vue parfois opposés. L’utilisateur se doit dès lors de conserver son esprit critique car toutes les offres présentes sur le marché ne se valent pas ; loin s’en faut.

Classement autonome par un prestataire spécialisé

La notation des avocats n’est pas neuve. Depuis les années 90’, les cabinets d’affaires sont référencés et annuellement classés par des guides spécialisés et assez élitistes. Ces guides précurseurs font partie d’une première catégorie qui propose un palmarès établi par leurs soins sans (réel) sondage des clients.

Une majorité de ces guides propose une approche généralement identique et relativement opaque : typiquement l’avocat soumet un dossier et mentionne deux ou trois dossiers supposés faire impression, dispose parfois d’une vingtaine de minutes d’interview par téléphone avec un enquêteur et veille à renseigner des clients qui accepteront de se prêter au jeu en donnant un avis favorable, mais en pratique, rares sont les clients effectivement contactés.

S’ils fournissent certaines indications utiles, l’approche est toutefois très élitiste et ces classements limitent pour la plupart leurs recommandations aux vingt associations les plus renommées par pays dont les tarifs ne sont souvent pas à la portée du marché belge.

L’une ou l’autre plateforme font exception et proposent à tout candidat un référencement mais elles suscitent bien davantage d’interrogations à l’analyse de leur méthode de travail (certains fondent notamment le classement sur la contribution payée par l’avocat au site ou encore l’ancienneté de son inscription…).

Certains sites reposent sur des critères tellement arbitraires que leur diffusion en Belgique est interdite (par ex. jechoisismonavocat.be).

Avis des pairs

D’autres fonctionnent sur la base exclusive de recommandations faites par d’autres avocats. Cependant, il est permis de s’interroger sur la pertinence de l’opinion d’un autre avocat, sauf à ce que celui-ci ait partagé des dossiers avec le ‘noté’, ce qui restera assez exceptionnel en pratique.

Avis des clients

D’autres plateformes nourrissent leur notation par l’avis de clients.

La démarche est louable et a le mérite d’être généralement transparente. A regretter cependant qu’elle ne concerne à nouveau qu’une très petite partie du Barreau et qu’elle n’est pas réellement disponible en Belgique.

Une variante est l’approche type ‘tripadvisor’ ou la notation se fait de manière ‘sauvage’, sans questionnaire préétabli ni modération des commentaires.

Cette notation non modérée ni cadrée présente des failles qu’il faut conserver à l’esprit (l’utilisateur est-il réellement un ancien client, a-t-il suffisamment de compétences pour donner un avis objectif,… ?) car nous savons tous à quel point il est facile d’acheter de la notoriété sur ces modèles.

Big data

Une quatrième tendance est née de l’exploitation des big data’s, étant entendu que dans beaucoup de juridictions, les jugements sont publics. Munies de puissants outils de recherche et d’analyse, certaines plateformes proposent des notes établies sur la base de ces données, principalement des procès gagnés ou perdus. Nous pointerons une assez grande fragilité de ces outils car perdre ou gagner une affaire est un critère bien trop volatile, sans compter qu’une grande partie de la valeur ajoutée d’un avocat sera souvent de conseiller, d’éviter le procès, de trouver une solution. Et ces données-là n’étant pas publiques, elles ne seront dès lors pas prises en compte.

Notation composite

Une dernière approche apparue récemment réside dans une notation composite, établie sur la base de données propres à l’avocat que la plateforme obtient (ancienneté, valeur des dossiers, etc.) qui sont croisées et pondérées avec les notes données par des utilisateurs.

uLaw propose ainsi une notation établie sur une multitude de critères objectifs liés à la carrière de l’avocat (volet compétences) qui évolue selon les avis d’anciens clients qui sont modérés par la plateforme et guidés à travers un questionnaire (volet service au client).

L’objectivité de la notation est ainsi garantie.